Le Toghu camerounais : signification, motifs et histoire de la tenue royale du Nord-Ouest

Assiettes carrées à motif Toghu, fond noir, croix orange et ocre

Un velours noir profond, illuminé de broderies jaunes, orange, ocre, rouges et blanches : soleils, lunes, étoiles, losanges, gongs, lézards. Le Toghu ne passe jamais inaperçu. Dans le Nord-Ouest du Cameroun, il a longtemps été le vêtement des rois, que l'on appelle les Fon, et de leurs dignitaires. Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'un Toghu se lit : la taille d'une lune, la présence d'un félin ou d'un lézard disent qui vous êtes et d'où vous venez.

Le Toghu en bref

  • Origine : Bafut, Mankon et Nkwen, dans la région de Bamenda (Nord-Ouest du Cameroun).
  • Matière : velours noir brodé à la main, au fil ou au ruban.
  • Couleurs : jaune, orange, ocre, rouge et blanc sur fond noir.
  • Formes : le Toghu (grande tunique), le Ndani (tunique plus courte), le Mbawara (haut sans manches).
  • Usages : mariages, danses annuelles, funérailles, visites au palais, grandes cérémonies internationales.

Qu'est-ce que le Toghu ?

Le Toghu, que l'on écrit aussi Atoghu, est la tenue traditionnelle des peuples des Grassfields du Nord-Ouest du Cameroun. Dans sa forme classique, c'est une grande tunique jusqu'aux chevilles, aux manches larges et longues, taillée dans un velours noir épais et brodée de motifs colorés. On le porte souvent avec un pagne assorti, accompagné d'une coiffe, de colliers et de bracelets.

Le mot se prononce différemment selon les villages : « tɔ̀gə̀ » à Mankon et Nkwen, « tɔ̄kə̀ » à Bafut. Il désigne d'abord la grande tunique, mais la famille compte d'autres pièces :

  • Le Toghu : la grande tunique longue, celle qui a donné son nom à l'ensemble.
  • Le Ndani : une tunique moins ample, qui s'arrête sous le genou, aux manches au poignet ou au coude.
  • Le Mbawara : un haut sans manches, qui s'arrête à la taille, aujourd'hui aussi porté par les femmes.

D'où vient le Toghu ?

Le Toghu serait né dans trois villages de la région de Bamenda, dans le département de la Mezam : Bafut, Mankon et Nkwen, où il était porté par les chefs et les dignitaires. Certaines sources évoquent aussi des racines plus anciennes, au XIXe siècle, en lien avec le royaume bamoun voisin, et des premiers Toghu confectionnés dans des étoffes importées, avant que les Grassfields ne développent leur propre style de broderie. Son origine exacte reste débattue.

De ces villages, il s'est répandu dans tout le Nord-Ouest, puis dans tout le Cameroun, jusqu'à devenir l'une des tenues d'honneur du pays.

Comment est fait un Toghu ?

  • Le velours noir : sa profondeur fait ressortir les couleurs des broderies.
  • La broderie : à la main, au fil ou en bandes. Le col, le bout des manches et l'ourlet portent des broderies droites et régulières ; le corps de la tunique, des losanges, des étoiles et des figures symboliques.
  • Le temps : une broderie complète peut demander plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Un Toghu coûte cher, et il se transmet souvent de génération en génération.

Il existe aussi un Toghu imprimé, sur coton ou en version wax, qui reproduit les broderies : fond noir, croix rouges et jaunes, tresses, triangles et losanges blancs. Plus léger et plus accessible, c'est lui que l'on voit le plus souvent aujourd'hui en pagne ou en tenue de fête.

Lire un Toghu : les motifs, village par village

Rien n'est décoratif par hasard sur un Toghu : chaque motif indique un rang ou raconte une histoire. Et chaque village a ses codes.

À Bafut

  • Le gong : l'autorité traditionnelle. Son rythme annonce la guerre, une cérémonie au palais ou une danse.
  • Les peaux de bêtes : la noblesse. Les grands félins, lion et « tigre », sont réservés au Fon ; l'araignée au deuxième personnage du palais.
  • Les lunes : plus grandes pour le Fon, plus petites pour les nobles.
  • Le chapeau orné de piquants de porc-épic : le rang le plus élevé, celui des grands guerriers et des chefs.

À Mankon

  • Le gong : l'appel du peuple et l'autorité du village.
  • Le serpent : la beauté, souvent enroulé autour du cou.
  • Le lézard : l'intelligence. C'est la signature de Mankon, choisie pour distinguer son Toghu de celui des autres villages.
  • La lune rouge dans le dos : les dignitaires, les princes et les porteurs de titres, ceux qui guident les autres.
  • La plume rouge sur le chapeau : la noblesse, accordée par le Fon.

À Nkwen

  • Les couleurs de l'arc-en-ciel, auxquelles le peuple de Nkwen accorde une grande importance.
  • La calebasse : le vin de palme et les récipients rituels du palais.
  • La lune dans le dos : l'autorité ; la plus grande est réservée au souverain.
  • Le lion ou le « tigre » : réservés au souverain.
  • Les cauris : la royauté. Les princes en portent, mais le souverain en porte davantage, pour qu'on ne se trompe pas de rang.
  • La lance : l'époque des guerriers.
  • La plante de la paix : la paix, l'amour et l'unité.

Les gardiens de la tradition regrettent d'ailleurs que certains Toghu modernes affichent des symboles sans respecter ce protocole, ou les remplacent par des motifs floraux.

Et les femmes ?

Traditionnellement, le Toghu est une tenue d'homme. Les femmes portent un chemisier, un pagne et un foulard brodés dans le même esprit, appelés « bouba » et « labba ». À Bafut, les reines mères de haut rang peuvent porter des symboles lunaires et animaux ; à Mankon et Nkwen, ces symboles restent réservés aux hommes. L'épouse du chef se reconnaît à son collier et à ses bracelets de cauris. Aujourd'hui, les femmes portent aussi volontiers le Mbawara, et les créateurs multiplient les modèles féminins.

Quand porte-t-on le Toghu ?

Aux mariages, aux danses annuelles et aux festivals, lors des visites au palais, aux funérailles et aux cérémonies religieuses. Les groupes traditionnels en font leur uniforme, et on l'offre volontiers aux invités étrangers que l'on veut honorer. Pour la diaspora camerounaise, c'est un signe d'identité et de fierté : « C'est une identité, c'est qui nous sommes », résume une journaliste camerounaise.

Le Toghu sur la scène internationale

  • Le sport : les délégations camerounaises l'ont porté lors des grands rendez-vous internationaux de Pékin en 2008, de Londres en 2012 et de Tokyo en 2021, ainsi qu'aux Jeux du Commonwealth de 2022. Une photo d'athlètes en Toghu aux côtés du roi Charles III a fait le tour des réseaux.
  • Le football : le ballon de la Coupe d'Afrique des nations 2022, organisée au Cameroun, s'inspirait de l'Atoghu.
  • La mode : il a représenté le Cameroun à l'African Fashion Week de Lagos en 2022, et une association de créateurs s'est formée pour le promouvoir.
  • L'Église : une chasuble du pape Léon XIV a été ornée de Toghu lors d'une célébration à Bamenda.
  • Le mouvement : le « Toghu Army Movement », lancé en 2021, fait du Toghu une force culturelle de solidarité, et les « Ndop and Toghu Awards » récompensent ceux qui le font vivre.

Un patrimoine à protéger

Le succès du Toghu a son revers : la concurrence des copies industrielles, les versions qui ignorent les symboles et la perte de sens. Les créateurs et les gardiens de la tradition plaident pour que l'on continue à respecter son protocole, et à valoriser le travail long et coûteux de la broderie à la main.

Toghu ou Ndop : quelle différence ?

  • Le Toghu : velours noir brodé de couleurs vives, surtout dans le Nord-Ouest.
  • Le Ndop : coton teint à l'indigo, aux motifs blancs sur fond bleu, emblématique des Bamiléké et des Bamoun. Pour en savoir plus, lisez notre article sur le tissu Ndop camerounais.

Notre hommage au Toghu

Chez KEMI HOME ART, nous avons voulu faire entrer le Toghu à table, avec respect : son fond noir, ses croix orange et ocre, ses tresses et ses anneaux. Chaque motif est préparé dans notre atelier d'Alfortville, puis posé et émaillé à la main avant cuisson, à la commande. Ce ne sont pas des Toghu : ce sont des pièces de table qui en racontent la fierté.

Coffret de 6 assiettes carrées à motif Toghu
Coffret de 6 assiettes carrées, motif Toghu
Tasse à café et soucoupe à motif Toghu, anneau
Tasse à café et soucoupe, motif Toghu, anneau
Tasse à café et soucoupe à motif Toghu, bande
Tasse à café et soucoupe, motif Toghu, bande

Toutes nos pièces sont personnalisables : coloris, prénom, date ou message. Un service Toghu pour un mariage ? Écrivez-nous pour l'imaginer ensemble.

Questions fréquentes sur le Toghu

Quelle est la signification du Toghu ?
Le Toghu est la tenue royale des Grassfields du Nord-Ouest du Cameroun. Ses motifs indiquent le rang et l'origine de celui qui le porte ; il symbolise aujourd'hui la fierté et l'identité camerounaises.

D'où vient le Toghu ?
Des villages de Bafut, Mankon et Nkwen, dans la région de Bamenda, où il était porté par les chefs et les dignitaires.

Quelles sont les couleurs du Toghu ?
Un fond de velours noir, brodé de jaune, d'orange, d'ocre, de rouge et de blanc.

Que signifie la lune sur un Toghu ?
L'autorité : plus la lune est grande, plus le rang est élevé. La plus grande est réservée au Fon.

Pourquoi un lézard sur certains Toghu ?
C'est la signature de Mankon : il symbolise l'intelligence et distingue son Toghu de ceux des autres villages.

Quelle différence entre Toghu, Ndani et Mbawara ?
Le Toghu est la grande tunique longue, le Ndani une tunique plus courte et moins ample, le Mbawara un haut sans manches.

Les femmes portent-elles le Toghu ?
Traditionnellement, c'est une tenue d'homme ; les femmes portent un ensemble brodé dans le même esprit. Aujourd'hui, les modèles féminins se multiplient.

Quelle est la différence entre le Toghu et le Ndop ?
Le Toghu est un velours noir brodé de couleurs vives ; le Ndop est un coton teint à l'indigo, aux motifs blancs.

Sources : Tag Your Blessings, The Toghu: Meaning, Origin and History · Mimi Mefo Info · Journal du Cameroun · Le360 Afrique · Djankawax

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