Velours Kuba et Ntshak : l'art textile du royaume Kuba du Congo

Intérieur de tasse au motif Ntshak, labyrinthes géométriques ocre et brun du velours Kuba

On dirait du velours, et pourtant tout est fait de feuilles de palmier. Sur ces carrés couleur de terre, ocre, brun, noir et ivoire, des lignes se croisent, se brisent et repartent comme dans un labyrinthe. Ces étoffes viennent du royaume Kuba, au cœur de la République démocratique du Congo. On les appelle le velours du Kasaï, et les longues jupes cérémonielles des femmes kuba portent le nom de ntshak. Ce sont parmi les textiles les plus admirés d'Afrique, jusque dans les ateliers des grands peintres européens.

Le velours Kuba en bref

  • Pays : République démocratique du Congo, région du Kasaï.
  • Peuple : les Kuba, et en particulier les Shoowa pour le velours.
  • Matière : la fibre de raphia, tirée des jeunes feuilles de palmier.
  • Qui le fait : les hommes tissent, les femmes brodent.
  • Ntshak : le pagne cérémoniel des femmes ; celui des hommes s'appelle mapel.
  • Usages : parure de fête, couverture du trône royal, cadeau, monnaie, tenue funéraire.

Le royaume Kuba

Le royaume Kuba s'est formé entre les rivières Kasaï et Sankuru, dans le centre de l'actuelle RD Congo. C'est une confédération de plusieurs peuples réunis autour d'un roi, le nyim, issu du peuple bushoong. La tradition orale attribue sa fondation, au début du XVIIe siècle, à un roi légendaire, Shyaam a-Mbul a-Ngoong, souvent présenté comme un héros civilisateur.

La cour kuba était l'une des plus raffinées d'Afrique centrale. Tout y était occasion d'orner : coupes sculptées, boîtes, masques, coiffes, ceintures, et surtout les étoffes. Chez les Kuba, la valeur d'un objet se mesure à la difficulté de sa fabrication : plus il a demandé de patience et d'habileté, plus il est précieux.

Du raphia au velours : la fabrication

  1. La fibre. On prélève la partie intérieure des jeunes feuilles du palmier raphia. Les feuilles sont séchées au soleil puis fendues dans la longueur en fibres très fines.
  2. Le tissage. Les hommes shoowa tissent ces fibres sur un métier, pour obtenir des carrés de toile d'environ 50 à 70 cm de côté. Le raphia a remplacé l'écorce battue que l'on utilisait autrefois.
  3. La teinture. Les fibres de broderie sont teintes avec des pigments naturels : bois rouge, terres, écorces, qui donnent ces ocres, ces bruns et ces noirs.
  4. La broderie. Les femmes passent de fines fibres sous un fil de la trame, puis les coupent au ras du tissu avec une petite lame. Des milliers de petites touffes serrées forment une surface douce comme du velours. Selon la tradition, l'idéal est de broder pendant sa grossesse.

Une seule pièce peut demander plusieurs mois, voire une année entière de travail.

Des motifs inspirés des scarifications

Les motifs du velours kuba ne sont jamais copiés d'un modèle. La brodeuse les invente au fil de l'aiguille, mais ils suivent généralement les dessins des scarifications que les Kuba portaient sur le corps : losanges, chevrons, entrelacs, lignes brisées et labyrinthes.

Ce qui frappe, c'est la liberté de la composition. Un motif commence, puis change brusquement d'échelle ou de direction, s'interrompt, reprend ailleurs. Cette improvisation est voulue : elle montre l'habileté de la brodeuse et rend chaque pièce impossible à reproduire à l'identique. C'est précisément ce qui a tant fasciné les artistes modernes.

Le ntshak, la grande jupe des femmes

Chez les Kuba, le tissu se porte enroulé autour de la taille. Celui des hommes s'appelle le mapel, celui des femmes le ntshak. Les ntshak de cérémonie sont de très longues jupes, faites de nombreux panneaux de raphia cousus bout à bout, que l'on enroule plusieurs fois autour du corps. Ils sont ornés de broderies, d'appliqués et de bordures. On les porte lors des danses, des grandes fêtes et des cérémonies royales.

Autrefois, les femmes portaient aussi des pagnes d'écorce, les ishyeen, dont le centre était fait de triangles noirs et blancs découpés puis cousus. Les Kuba préféraient cette méthode exigeante au simple dessin. Les ceintures d'écorce, les duun, étaient réservées à certains nobles : elles symbolisaient le pouvoir.

Monnaie, cadeau et trône royal

Lourd et coûteux, le velours du Kasaï se portait rarement. Il servait plutôt de couverture du trône royal, de couvre-lit, de cadeau prestigieux, et il a même circulé comme monnaie. Une famille mesurait sa richesse aux étoffes qu'elle avait accumulées.

Lors des funérailles, le défunt est habillé de ses plus beaux tissus, et la famille en offre d'autres pour l'accompagner. On dit que c'est à sa tenue que les ancêtres le reconnaîtront dans l'au-delà.

Les Kuba et l'art moderne

Au début du XXe siècle, les velours kuba arrivent en Europe. Leurs compositions libres et leurs géométries audacieuses frappent les artistes. Henri Matisse en possédait plusieurs, qu'il accrochait aux murs de son atelier ; il aimait les contempler et ils ont nourri ses papiers découpés. On les cite souvent aux côtés de Paul Klee et des peintres de l'abstraction, qui y trouvaient une liberté de composition qu'ils cherchaient eux-mêmes.

Aujourd'hui, les velours kuba figurent dans les plus grands musées du monde, et les tisserands et brodeuses du Kasaï continuent de les fabriquer.

Comment reconnaître un velours Kuba ?

  • La matière : une toile de raphia, raide et légèrement brillante, jamais du coton.
  • Le relief : les zones brodées forment un velours ras, doux au toucher.
  • Les couleurs : ocre, brun, noir, ivoire, parfois rouge ou violet.
  • La composition : des motifs géométriques qui changent soudain de taille ou de direction.
  • Le format : des carrés pour le velours, de longues bandes cousues pour les ntshak.

Pour découvrir d'autres textiles d'Afrique centrale et de l'Ouest, lisez aussi nos articles sur le tissu Ndop du Cameroun et sur les tissus de raphia Dida de Côte d'Ivoire.

Notre hommage au velours Kuba

Chez KEMI HOME ART, notre décor Ntshak reprend les labyrinthes ocre et brun du velours kuba : une bande de motifs enchevêtrés sur nos assiettes carrées, un anneau à l'intérieur de nos mugs. Chaque motif est préparé dans notre atelier d'Alfortville, puis posé et émaillé à la main avant cuisson, à la commande.

Coffret de 6 assiettes carrées à motif Ntshak
Coffret de 6 assiettes carrées, motif Ntshak
Coffret petit-déjeuner à motif Ntshak
Coffret petit-déjeuner, motif Ntshak
Mug grenaillé à motif Ntshak
Mug grenaillé, motif Ntshak

Toutes nos pièces sont personnalisables : coloris, prénom, date ou message. Écrivez-nous pour imaginer la vôtre.

Questions fréquentes sur le velours Kuba

Qu'est-ce que le velours du Kasaï ?
Une étoffe de raphia tissée par les hommes shoowa du royaume Kuba et brodée par les femmes de touffes coupées ras, qui lui donnent l'aspect du velours.

Qu'est-ce que le ntshak ?
Le pagne cérémoniel des femmes kuba, une très longue jupe de raphia brodée et appliquée, enroulée plusieurs fois autour de la taille.

D'où viennent les tissus Kuba ?
Du Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo, entre les rivières Kasaï et Sankuru.

Que représentent les motifs Kuba ?
Ils s'inspirent des scarifications portées sur le corps : losanges, entrelacs, chevrons, labyrinthes, composés librement par chaque brodeuse.

Combien de temps faut-il pour faire un velours Kuba ?
De plusieurs mois à un an pour une seule pièce.

À quoi servaient ces tissus ?
À couvrir le trône royal, à parer les fêtes, à offrir, à payer, et à habiller les défunts pour que les ancêtres les reconnaissent.

Sources : Wikipédia, Velours du Kasaï · University of Michigan Museum of Art

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